Enquête sur les nouvelles stratégies des industriels pour préserver leurs marges au détriment de votre panier de courses.

Shrinkflation, Cheapflation et Stretchflation

Vous avez sans doute déjà ressenti cette étrange impression en faisant vos courses : votre paquet de céréales semble plus léger, le goût de votre biscuit préféré a subtilement changé, ou le prix de votre lessive a bondi alors que le bidon parait identique.
Ce n’est pas une illusion. Face à l’inflation et à la hausse des coûts des matières premières, les industriels de l’agroalimentaire et de la grande consommation redoublent d’ingéniosité.
Si l’augmentation pure et simple du prix est la méthode la plus visible, d’autres techniques plus insidieuses se glissent dans les rayons : la shrinkflation, la cheapflation et la stretchflation.
Décryptage de ces phénomènes pour vous aider à mieux consommer.

La Shrinkflation : payer autant pour avoir moins

Le terme est sur toutes les lèvres depuis quelques mois. Contraction des mots anglais « shrink » (rétrécir) et « inflation », la shrinkflation désigne une pratique commerciale qui consiste à réduire la quantité d’un produit tout en maintenant, voire en augmentant, son prix de vente.

Pour vous, consommateur, la manœuvre est difficile à repérer au premier coup d’œil. Le packaging reste souvent identique, ou change de manière imperceptible. Quelques grammes de moins sur une tablette de chocolat, deux couches en moins dans un paquet, cinq centilitres retirés d’une bouteille de soda. L’objectif pour la marque est clair : masquer la hausse du prix au kilo ou au litre, qui est le véritable indicateur de l’inflation.

Psychologiquement, vous êtes plus sensible à une augmentation du prix facial (le prix affiché sur l’étiquette) qu’à une légère variation de poids. Les industriels le savent et jouent sur cette sensibilité. Bien que cette pratique soit légale tant que le poids net affiché sur l’emballage est exact, elle est souvent perçue comme trompeuse car elle brise la confiance que vous accordez à vos produits habituels.

La Cheapflation : quand la qualité trinque

Si la shrinkflation touche à la quantité, la cheapflation s’attaque à la qualité. Ce mot-valise, formé de « cheap » (bon marché) et « inflation », décrit le remplacement de certains ingrédients nobles ou coûteux par des substituts de moindre qualité et moins chers, sans que le prix du produit final ne baisse pour autant.

Cette dégradation de la recette peut prendre plusieurs formes. Vous pourriez constater le remplacement du beurre par de l’huile végétale, la substitution du sucre par du sirop de glucose-fructose, ou la réduction de la teneur en cacao dans une confiserie au profit d’arômes et d’additifs. Parfois, c’est la provenance des ingrédients qui change pour des sources moins onéreuses.

Le danger de la cheapflation n’est pas seulement économique, il est aussi gustatif et nutritionnel. En modifiant la composition des produits transformés, les industriels peuvent altérer le profil santé de vos aliments, augmentant parfois la part d’acides gras saturés ou d’ultra-transformation. C’est une double peine pour votre portefeuille et votre santé : vous payez le prix fort pour un produit qui a perdu de sa valeur intrinsèque.

La Stretchflation : l’inflation élastique

Moins connue mais tout aussi redoutable, la stretchflation est une stratégie plus agressive. Elle survient lorsque les industriels augmentent les prix de manière disproportionnée par rapport à l’inflation réelle des coûts de production, ou lorsqu’ils lancent de nouveaux formats censés être économiques mais qui s’avèrent plus chers au kilo.

Le terme évoque l’idée d’étirer (« stretch ») les marges au maximum. Cela peut se traduire par le lancement d’une nouvelle gamme « Premium » ou « Nouvelle Recette » qui justifie une hausse de prix vertigineuse pour une valeur ajoutée minime. Une autre variante consiste à augmenter légèrement la quantité d’un produit (par exemple, 10 % de produit en plus) mais à augmenter le prix de 20 % ou 30 %.

Dans ce cas de figure, le marketing joue un rôle crucial. Des mentions comme « Format Familial » ou « Maxi Pack » sont utilisées pour vous inciter à acheter de plus gros volumes, en vous laissant penser que vous réalisez une bonne affaire. Or, une vérification attentive du prix à l’unité de mesure révèle souvent que le petit format standard est finalement plus avantageux.

Comment protéger votre pouvoir d’achat ?

Face à ces stratégies marketing sophistiquées, vous n’êtes pas démunis. La vigilance est votre meilleure arme pour déjouer ces pièges et reprendre le contrôle de votre budget alimentaire. Voici les réflexes essentiels à adopter dès votre prochaine visite en magasin.

Regardez toujours le prix au kilo ou au litre. C’est la seule donnée fiable qui permet de comparer objectivement deux produits, indépendamment de la taille de leur emballage ou des promesses marketing. C’est le juge de paix qui révèle immédiatement si un « format promo » est réellement intéressant ou si une réduction de poids cache une hausse tarifaire.

Lisez les étiquettes et surveillez la composition. Si vous avez l’habitude d’acheter un produit spécifique, jetez un œil régulier à la liste des ingrédients. L’apparition d’un nouvel additif ou la chute d’un ingrédient noble dans l’ordre de la liste (les ingrédients sont classés par ordre décroissant de poids) sont des signes avant-coureurs de cheapflation.

Soyez infidèle aux marques. Les grandes marques nationales sont souvent les premières à pratiquer ces ajustements pour préserver leurs marges publicitaires. N’hésitez pas à tester les marques de distributeurs ou d’autres alternatives. Souvent produites dans les mêmes usines, elles peuvent offrir un meilleur rapport qualité-prix et sont parfois moins sujettes à ces variations drastiques de recettes ou de grammages.

En restant attentif et en prenant le temps de décrypter les étiquettes, vous envoyez un signal fort aux fabricants : vous n’êtes pas dupes.
La transparence doit redevenir la norme, et votre acte d’achat reste le levier le plus puissant pour influencer les pratiques du marché.